Poussée de fièvre contre la France : que se passe-t-il dans le monde arabe ?

Manifestations, appel au boycott sur les réseaux sociaux, déclarations virulentes… Les accès de colère sont multipliés ce week-end dans le monde arabe contre la France au sujet des caricatures de Mahomet. En Libye, par exemple, des petits groupes ont protesté samedi dans plusieurs petites villes pour dénoncer les propos d’Emmanuel Macron jugés provocateurs. Les manifestants brandissaient des portraits du président français barrés d’une croix rouge et des pancartes avec le slogan « Tout sauf le prophète » écrit en arabe.

« Beaucoup de démagogie et de chantage »

À Gaza, des scénarios similaires se sont déroulés. Environ 200 personnes ont manifesté devant la résidence de l’ambassadeur de France, allant jusqu’à brûler des portraits du chef de l’Etat. Le locataire de l’Elysée a d’ailleurs rappelé Eric Danon, l’ambassadeur français à Gaza, à Paris.

Ces manifestations font suite aux nombreux appels au boycott des produits français relayés depuis quelques jours sur les réseaux sociaux dans des pays du Moyen-Orient. Sur Twitter notamment, les hashtags #Boycott_French_Products et #BoycottezLesProduitsFrançais sont restés en tendance pendant de longues heures. Au Qatar, deux grandes chaînes de supermarchés ont retiré des produits français de leurs rayons. Idem au Koweït où près de 430 agences de voyages ont suspendu leurs réservations de vols vers la France.

Une simple stratégie d’intimidation ?

Faut-il s’inquiéter de cette situation tendue ? Contacté par La Dépêche, Antoine Basbous, politologue spécialiste des pays de monde arabe et de l’islam, refuse de s’alarmer.  « Tout ceci relève d’une stratégie d’intimidation », analyse l’expert qui voit dans cette « confusion » « beaucoup de démagogie et de chantage agglomérant des gens naïfs. »

L’expert relève en revanche que la Turquie, prenant le flambeau « de la défense du prophète », poursuit bien des buts politiques dans cette histoire. Le comportement outrancier du président Recep Tayyip Erdogan contre Emmanuel Macron en serait l’illustration.

« Le Maghreb ne peut pas se joindre à ce mouvement »

Pour autant, là encore, le rapport de force semble déséquilibré. « Le Qatar est isolé. Le Koweit n’est pas très présent sur la scène régionale, relève Antoine Basbous. L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, les deux grands acteurs de la région sont eux très hostiles au Qatar et à la Turquie. Or, ces deux pays ont mis à l’index l’islamisme radical. Ils ne peuvent donc pas critiquer la France quand elle se rapproche de leurs positions. »

Reste la question, plus proche de nous, d’une possible fronde au Maghreb. Là encore, Antoine Basbous y croit peu « Eventuellement, nous répond-il, mais cela ne sera pas un mouvement très important. Il y a eu un début d’expression sur les réseaux sociaux, mais il y a peu de risques de débordement. » Également contacté par nos soins, le politologue Dominique Moisi abonde : « Le Maghreb ne peut pas se joindre à ce mouvement. Il s’agit de la décapitation d’un professeur français. Ce serait créer des tensions insupportables des deux côtés de la Méditerrannée. »

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